L'Almanach du Mytho Un pirate en quête de singularités

Lifestyle business et muse

Scale, mécaniques & business models · 199 citations datées · 2014–2026 · synthèse produite par l'IA

Une muse n'est pas une petite startup : c'est une autre intention

La distinction fondatrice — celle qu'Oussama répète au mot près pendant des années, l'un de ses refrains les plus constants sur le sujet — n'est pas une question d'échelle mais d'intention. Une muse et une startup ne diffèrent pas en taille, elles diffèrent en finalité : « les muses by intent ne sont pas là pour vous rendre riche […] elles sont là pour vous aider à vivre votre vie et gagner votre vie […] une start up by intent est là pour vous rendre riche elle n'est pas là pour vous faire gagner votre vie »1. La muse vous fait gagner votre vie ; la startup vise à vous rendre riche. Deux machines mentales opposées, et c'est pourquoi l'une ne se transmute jamais en l'autre : « une muse ne se transforme jamais en startup »2.

L'image qui scelle la différence est celle d'Arnault : « pourquoi ça s'appelle pas la fondation bernard arnault parce que ce type son rêve c'est que louis vuitton survive à sa mort rien à foutre de bernard arnault »3. La startup veut survivre à son fondateur ; la muse n'existe que pour le fondateur, et meurt avec son usage. Mêmes chiffres, intentions inverses : un demi-million d'euros de bénéfice n'est rien à l'échelle d'une structure comme The Family, mais une fortune pour un individu — « c'est ça la différence entre une muse et une start-up »4.

L'anatomie économique : un produit, jamais un service, marges extrêmes, solitude

La muse a des lois mécaniques, et Oussama les énonce comme un théorème — toujours dans les mêmes termes d'une vidéo à l'autre. Elle est toujours un produit, jamais un service — « une muse n'est jamais un service est toujours un produit »5 — parce qu'un service exige de toujours recommencer là où un produit « tourne sans toi »6. Elle exige des marges hors normes, autour de 80-90 %, faute de quoi elle est impossible : sans elles « vous n'avez pas de place pour faire une muse parce que par définition vous ne pourrez jamais optimiser vos coûts »7. Elle se chiffre par une arithmétique enfantine — diviser le revenu annuel visé par trente — et le constat qui suit est volontairement démoralisateur pour l'ego : « 1000 euros par jour à l'échelle d'internet c'est rien du tout »8.

Elle exploite une faille, pas une innovation : dans tout marché liquide « il existe toujours une sous-optimisation […] une façon de faire qui permet de détourner une partie de ses revenus en sa faveur »9, une asymétrie d'information entre celui qui sait acheter sur Alibaba et le client qui ne sait pas. Et surtout elle est solitaire : « mus c'est un travail solitaire si tu es 2 pour faire une muse ça ralentit tout »10. La solitude n'est pas un défaut, c'est la condition d'efficience. Ce que la muse optimise n'est jamais le temps au sens productiviste mais le rapport personnel à la vie : « dans une muse vous n'optimisez jamais rien d'autre que votre temps personnel […] moins j'en fais mieux je me porte »11.

La vérité gênante : on travaille la couverture, pas le texte

Ici Oussama dit tout haut ce que les vendeurs taisent. La muse ne récompense pas la qualité de l'œuvre mais la qualité de l'emballage : « comment ferait un type normal pour vendre un ebook il travaillerait le texte […] non quand vous faites une muse c'est l'inverse travaillez la couv parce que vous savez que les gens prennent une décision d'achat sur la couv »12. Le produit n'a pas besoin d'être excellent, juste bon « à 70% ou à 60% ». Toute la philosophie tient dans une distorsion empruntée à Tim Ferriss : « ce qui compte c'est pas de posséder des choses c'est que les gens pensent que vous les possédez »13.

Le sens latent est dérangeant et assumé : la muse est une école du cynisme commercial maîtrisé. Elle apprend que le marché paie une perception, pas une valeur intrinsèque — leçon qu'Oussama transpose ensuite à tout son rapport au prix et au statut. C'est la même mécanique qui fera dire, des années plus tard, que ses dîners à 1500 € « n'ont pas de valeur. C'est que du statut »14.

La muse comme école : un sas obligatoire avant la startup

La muse n'est pas une fin, c'est un exercice de gammes. Oussama la pense comme l'équivalent entrepreneurial du pastiche en littérature ou de la copie des maîtres en peinture : « faire une muse c'est l'équivalent dans une start up à lorsque vous êtes écrivain d'écrire des pastiches ou lorsque vous êtes peintre à copier des grandes œuvres »15. Elle concentre toutes les étapes d'une startup dans un temps extrêmement réduit, avec une contrainte de vitesse non négociable — « une muse qui prend plus de 5 jours à construire n'est pas une muse »16 — qui force la posture inverse de la réflexion : il faut « exécuter pas réfléchir », et dans une muse « c'est une question de survie »17.

De là sa colère pédagogique contre la France, le seul pays « où on pense qu'on devient entrepreneur du premier coup », au point qu'« on devrait forcer tous les Français à faire une muse à un moment ou un autre parce que ça ramènerait le rapport à l'argent à quelque chose simple : je fais un produit ou un service en ligne, je le vends, je gagne de l'argent »18. Sous la technique, la vraie cible est culturelle : réparer un rapport faussé à l'argent en le rendant concret, immédiat, sans intermédiaire ni excuse.

Le cash qui rentre maintenant : la dopamine contre l'equity

Une obsession traverse tout le sujet et déborde la muse — il y revient sans cesse : préférer l'argent qui tombe tous les mois à la promesse d'une plus-value lointaine. Oussama l'assume comme un trait de tempérament presque physiologique : « les participations c'est de l'argent qui est trop loin moi j'aime bien le rentrer directement tous les mois il me faut de la dopamine […] si j'ai pas ma dopamine à la fin du mois bah je suis pas motivé »19. De là sa règle de rémunération — payer en cash majoré plutôt qu'en actions, « payer les gens avec des actions est une idée stupide et absurde car les actions sont permanentes »20 — et sa posture d'opérateur qui ne prend plus 5 % en conseil ni 20-30 % en cofondateur, mais bâtit « brique par brique » un écosystème qui crache du cash21.

Cette préférence a une racine plus profonde que le confort : dans l'écosystème français, le cash rapide est une question de survie, pas de goût. Faute de l'accès illimité au capital dont jouit la Silicon Valley, « vous devez gagner de l'argent, et beaucoup d'argent, plus rapidement que partout ailleurs »22. Le modèle lifestyle est donc aussi, en creux, une réponse défensive à un environnement hostile.

L'identité du commerçant contre le mythe de l'entrepreneur

Sous le vocabulaire de startup, Oussama révèle tardivement de quelle famille il vient vraiment. Il ne se pense pas en fondateur de licorne mais en marchand : « j'ai plutôt grandi avec la figure du commerçant plutôt que celle de l'entrepreneur j'achète je revends j'achète je revends »23. La muse, dans cette lumière, « c'est l'équivalent dans l'internet du petit commerçant du coin »24. La grande découverte qu'il raconte comme une révélation n'est pas technologique mais le revenu passif découvert sur des meubles en ligne : « là j'ai commencé à gagner de l'argent de façon passive […] je dormais et je gagnais de l'argent », et « il vaut mieux vendre un produit qu'un service [ce qui] a été une grande découverte de ma vie »25.

C'est le sens latent du sujet entier : l'apôtre des startups d'hyperscale est, dans son rapport intime à l'argent, un boutiquier. Tout son discours sur la muse est une rationalisation théorique d'un instinct de marchand qui lui préexiste.

LA contradiction : le héraut du scale finit par fuir le scale

Voici le sismographe. Pendant des années Oussama vend la startup comme la seule aventure noble, oppose la muse « égoïste » et solitaire — « on ne construit rien collectivement, on construit quelque chose pour soi-même. C'est très égoïste »26 — à la startup qui crée du collectif, et range le lifestyle business du côté de l'ambition trop petite : « la plupart des gens qui rêvent de muse sont des gens incapables de les faire et la plupart des gens qui seraient capables de faire des muses, c'est trop petit pour leur ambition »27. Le scale est le rêve ; la muse, un sas pour débutants.

Puis le discours se retourne. Le lifestyle business cesse d'être un brouillon pour devenir « une formidable opportunité que beaucoup de gens devraient développer »28. Le choix qu'il présentait comme évident bascule en dilemme assumé : « est-ce que vous faites un business lifestyle où vous avez pratiquement 100% de chance de réussir mais un plafond de verre, ou est-ce que vous avez envie de jouer au dé, prendre des risques immenses […] mais tellement kiffer le voyage »29. Et lui-même choisit le plafond : « aujourd'hui je suis sur un optimum de Pareto […] si je veux scaler le business ça me demande X fois plus d'embêtement que ce que ça va me rapporter en lifestyle »30. L'homme qui martelait que ne pas scaler condamne pose désormais le scale comme une prison — sauf qu'ici la prison, c'est de trop grandir, pas de rester petit.

Cette contradiction n'est pas un reniement ; c'est sa pensée qui rattrape sa vie. La bascule a un nom et une cause : le choix « entre le bonheur et la gloire […] que tout le monde dans l'entrepreneuriat doit faire »31. Tant qu'il bâtissait The Family, il vendait la gloire. Quand il observe que les amis lifestyle sont plus heureux que les fondateurs d'unicornes et que lui-même, post-chute, cherche désormais le bonheur et non plus la célébrité, la muse jadis méprisée devient le modèle. La théorie n'a pas changé de structure — muse vs startup, bonheur vs gloire — mais le narrateur a changé de camp dans son propre schéma.

Le glissement final : de l'optimisation à l'expérience, du produit à l'éphémère

Le dernier mouvement déplace tout le sujet hors de l'économique. Le lifestyle business devient marchand de bonheur : « je veux être un marchand de bonheur je veux donner du bonheur »32, et l'objet noble n'est plus le produit qui dure mais l'instant qui se détruit : « moi un truc qui me fascine c'est de faire des choses extraordinaires qui se détruisent […] il y a une jubilation à la destruction incroyable »33. La cohérence avec le début est paradoxale : il a toujours préféré le produit au service, mais le produit ultime devient ici l'expérience pure, l'éphémère monétisé — dîners à 1500 €, événements à jauge volontairement bridée, soirées de démolition mises en spectacle.

Le sens latent achève le sujet : le marchand n'a jamais cessé d'acheter et revendre, mais sa marchandise a migré du meuble vers le souvenir. La muse était une distorsion de la réalité au service de l'argent ; l'expérience signature en est l'aboutissement, où le statut lui-même devient le seul produit — un produit « qui cristallise la haine et l'agacement général des gens »34, et dont le prix ne mesure plus une valeur mais une appartenance.

Notes

  1. KOUDETAT - Les Muses par Oussama Ammar · 5 janvier 2019
  2. Huge Live #15 : Oussama Ammar, point. · 17 février 2023
  3. KOUDETAT - Les Muses par Oussama Ammar · 5 janvier 2019
  4. KOUDETAT - Les Muses par Oussama Ammar · 5 janvier 2019
  5. 3000€/mois en Automatique · 3 juin 2021
  6. #24 · 4 juillet 2017
  7. KOUDETAT - Les Muses par Oussama Ammar · 5 janvier 2019
  8. Oussama Ammar Dropshipping, Business en ligne, For… · 24 janvier 2022
  9. Les Muses par Oussama Ammar · 3 janvier 2021
  10. Oussama Ammar Dropshipping, Business en ligne, For… · 24 janvier 2022
  11. Les Muses par Oussama Ammar · 3 janvier 2021
  12. Les Muses par Oussama Ammar · 3 janvier 2021
  13. 3000€/mois en Automatique · 3 juin 2021
  14. Le Playbook d'Oussama Ammar pour lancer des Busine… · 15 février 2026
  15. 3000€/mois en Automatique · 3 juin 2021
  16. 3000€/mois en Automatique · 3 juin 2021
  17. Oussama Ammar : Le dropshipping reborn, les blog e… · 16 mai 2021
  18. KOUDETAT - Les Muses par Oussama Ammar · 5 janvier 2019
  19. Expert en Manipulation : « Je Peux Savoir si les g… · 15 février 2024
  20. Bootstrapping like a boss · 27 mars 2023
  21. Où sont les 3M€ réclamés par The Family à Oussama… · 3 août 2022
  22. Oussama Ammar - Lessons to operate in toxic enviro… · 30 octobre 2019
  23. Oussama Ammar De vendeur de Mister freez à million… · 29 mars 2024
  24. Oussama Ammar Dropshipping, Business en ligne, For… · 24 janvier 2022
  25. Oussama Ammar De vendeur de Mister freez à million… · 29 mars 2024
  26. Entrepreneurs work-life NO balance · 27 mars 2023
  27. Huge Live #15 : Oussama Ammar, point. · 17 février 2023
  28. Entrepreneurs work-life NO balance · 27 mars 2023
  29. Comment devenir RICHE avec l'IA ?! Vidéoconférence… · 22 septembre 2023
  30. Meilleur négociateur : « Je gère des milliards et… · 24 octobre 2024
  31. Qui suis-je : entrepreneur, businessman ou manager ? · 27 mars 2023
  32. Roi de la Nuit: "J’ai racheté un restaurant pour 1… · 27 juin 2024
  33. Le Choix Impossible Des Entrepreneurs · 26 janvier 2025
  34. Comment ne pas écouter les rageux ? · 25 mai 2025
Frise ▸