L'Almanach du Mytho Un pirate en quête de singularités

Critique de l'école et de l'éducation française

France, société, pouvoir & géopolitique · 290 citations datées · 2015–2026 · synthèse produite par l'IA

L'école n'a jamais été conçue pour instruire — elle a été conçue pour trier

Le diagnostic de fond, qu'Oussama ne lâche jamais, n'est pas que l'école marche mal mais qu'elle fait exactement ce pour quoi elle a été bâtie, et que ce pour quoi elle a été bâtie n'a plus de raison d'être. L'école est « une invention inhumaine de l'ère industrielle pour rendre les gens productifs », une « institution de sélection des gens qui cadrent avec le système » et non d'émancipation1. La preuve qu'il avance n'est jamais morale, elle est architecturale, et c'est l'image qu'il martèle d'année en année : « on n'a pas construit des écoles, on a construit des usines », « on classe les enfants par année de fabrication »2. Tout le dispositif est ensuite lu comme une chaîne de production — sonnerie horaire qui conditionne, tests standards empruntés au contrôle qualité industriel (« le boulon passe ou le boulon passe pas »), compétences valorisées réduites aux deux fonctions de l'ouvrier, l'orthographe et le calcul. Le geste critique est de refuser le récit héroïque de l'école républicaine pour la ramener à sa fonction économique réelle : produire des exécutants normés pour des usines qui n'existent plus.

La sélection a un coût : elle détruit ce qu'elle prétend cultiver

L'accusation la plus dure transforme la critique structurelle en charge frontale : l'école ne se contente pas d'être inadaptée, elle abîme activement. C'est l'un de ses refrains les plus constants, repris quasi mot pour mot de 2022 à 2025 : « chaque jour, dans tous les pays industrialisés du monde, des millions d'enfants sont aliénés à l'école, et il n'y a pas d'autre façon de le dire »3. Le mécanisme est toujours le même : « vous prenez une aptitude que tout le monde a à la naissance et vous la détruisez systématiquement, et avec énormément d'efficacité, à travers l'école »4. Cette aptitude, c'est la divergence, la capacité d'imaginer — détruite, dit-il, par les cinq ou dix premières années d'école, et préservée précisément chez les enfants des pays émergents qui ne sont pas scolarisés quinze heures par jour. L'interdiction de copier devient le symbole de l'absurde : « pourquoi à l'école on n'a pas le droit de copier sur ses camarades, alors que dans le reste du monde on appelle ça de la collaboration ? »5. Au sommet de la pyramide, le verdict ne s'adoucit pas, il s'aggrave : la prépa « n'est pas une institution d'éducation, c'est une institution de sélection », où « tu prends les 1 % d'une génération les plus brillants et tu transformes 90 % d'entre eux en dépressifs »6. La sélection française ne récompense pas l'excellence, elle l'humilie.

Le mensonge a une date de péremption : le diplôme n'achète plus rien

Le cœur affectif de la critique n'est pas pédagogique, il est générationnel — c'est la trahison d'un contrat. « Il y a une génération qui s'est sentie trahie par la génération précédente, et c'est la mienne »7 : la phrase est si centrale qu'il la répète à l'identique de 2015 à 2020. Le contrat trahi tient en une formule qu'il démonte sans relâche : « travaille dur à l'école, tu réussiras, tu auras un super job »« un mythe auquel plus personne ne croit »8. Ce qui a changé, et c'est ici que le temps explique, c'est le marché. Le marché est devenu l'arbitre, et le marché « ne ment pas, il est aveugle, il s'en fiche de qui vous êtes »9 : aucun client ne choisit un produit parce qu'il vient de telle école. Le diplôme se réduit dès lors à un signal, et un signal qui s'effondre par inflation : « on n'a pas fait un monde où le 9-3 est monté au 16e, on a fait un monde où le 16e est descendu au 9-3 »10. Le retournement le plus saisissant est qu'il s'est lui-même inversé dans le temps : les autodidactes des années 40, dès qu'ils gagnaient leur vie, se précipitaient pour envoyer leurs enfants à l'école ; aujourd'hui, « tous les dropouts du monde ont réussi à faire culpabiliser les mecs qui ont des diplômes — un renversement de situation historique incroyable »11. La honte a changé de camp, et il enregistre ce basculement comme un fait, pas comme une victoire à célébrer.

Le moteur du mensonge : l'IA, qui rend l'école périmée plus vite qu'elle ne se réforme

Ce qui durcit la critique au fil des années, ce n'est pas un changement d'humeur mais une accélération qu'il a théorisée tôt. Dès 2014, sa conférence « Les barbares attaquent l'éducation » pose la thèse, qu'il ressasse depuis : « le monopole de l'information ne se situe plus à l'école »12, quiconque veut apprendre n'a qu'à aller en ligne. Le système ne peut pas suivre par construction : « on n'arrive plus à changer le programme des études de médecine assez vite pour prendre en compte les évolutions de la médecine »13. Avec l'IA, l'écart devient un gouffre — et il en fait la loi du moment : « le plus grand sujet de cette planète, c'est que le niveau de complexité est exponentiel et le niveau d'éducation est constant »14. C'est pourquoi sa solution n'est jamais « mieux d'école » mais « toujours de l'école » : « l'éducation, ce n'est pas quelque chose qu'on doit réserver aux enfants, c'est quelque chose qui doit être universel »15 ; le cerveau est un muscle qu'il faut entraîner sans fin. L'effondrement du diplôme n'est donc pas la fin de l'apprentissage : c'est la fin de l'apprentissage fini, daté, périssable.

La contradiction qui révèle : il veut abolir l'institution dont il a besoin

C'est ici que sa pensée bute sur le réel, et la fracture est nette. D'un côté, l'Oussama radical, qui y revient sans cesse et dans les termes les plus durs : l'école est une « fabrique à esclaves », les instituteurs « des collabos d'un système oppressif »16. De l'autre, l'Oussama qui a besoin de cette même institution pour tenir tout le reste de sa pensée. Car que craint-il par-dessus tout ? La manipulabilité des masses — « plus une population est inculte, plus elle est manipulable » — et son remède est explicite : « ce qui va sauver les gens des fake news, c'est qu'ils soient moins idiots, et ça, c'est le rôle de l'école »17. Mieux : sa vision géopolitique entière repose sur l'école qu'il dit vouloir abattre — « le niveau d'intelligence moyen d'un pays est directement corrélé à sa prospérité »18, et c'est ainsi, dit-il, que la Finlande, la Suède, la France sont sorties de la pauvreté. On ne peut pas à la fois faire de l'instruction publique le levier historique de la prospérité et de la liberté, et appeler à « dégager » l'institution qui la porte. La contradiction n'est pas un raté de raisonnement : c'est le signe qu'Oussama ne critique pas l'idée d'école — il y croit plus que personne — mais l'école réellement existante, française, figée. Sa rage est celle d'un croyant déçu, pas d'un athée.

Cette tension transparaît dans ses propres reculs. Il concède que le diplôme « reste un raccourci de reconnaissance dans un monde où ça compte encore »19 ; il avoue avoir voulu faire Sciences Po pour laver le CV et avoir « mis 35 000 dollars de sa poche pour entrer à Harvard »20 ; et il laisse son interlocuteur poser la nuance qu'il ne pose jamais lui-même : « si tu n'arrives pas à t'automotiver et que tu as besoin d'un cadre, le système scolaire n'est pas si horrible que ça »21. Le pourfendeur du signal achète le signal ; l'apôtre de l'autodidaxie reconnaît que tout le monde n'est pas lui.

Le sens latent : un système se juge à ceux qu'il broie, et le sien est un héritage personnel

Sous la critique économique court une exigence morale qu'il ne formule qu'une fois mais qui éclaire tout le reste : « un système ne se reconnaît pas à ceux qui réussissent dedans, il se juge à ceux qui ne réussissent pas »22. C'est le retournement décisif. La plupart défendent l'élitisme français par ses produits — les polytechniciens, les normaliens ; Oussama le condamne par ses déchets, ces « 300 000 jeunes qui sortent tous les ans sans aucune qualification »23. Et il refuse d'y voir un problème d'immigration : « ce n'est pas un échec de la politique d'immigration, c'est un échec de la politique éducative française »24. Le grand reproche fait à l'élite scolaire n'est donc pas qu'elle existe, mais qu'elle se prend pour la preuve que le système marche, alors qu'elle n'en est que l'exception survivante — un système qui « prend les gens les plus intelligents et leur donne la sensation d'être supérieurs en leur donnant des problèmes trop simples »25.

Ce que son cadre implique sans qu'il le dise tout à fait : la critique est autobiographique avant d'être théorique. La scène matricielle revient — la prof qui lui dit « de toute façon on devient milliardaire en volant les gens », et sa mère, femme de ménage, qui va répondre « vous ne dites pas à mon fils ce qu'il sera ou ne sera pas, ce n'est pas votre job »26. Toute sa doctrine est là en germe : l'école comme machine à rabaisser l'ambition, et la légitimité reprise de force, contre l'institution, par celui qu'elle avait classé. Quand il dit « ne manquez pas d'ambition, vous aurez tout le temps avec l'âge de devenir réaliste »27, il répond à cette prof trente ans plus tard. C'est aussi pourquoi sa réponse n'est plus seulement de critiquer mais de construire : ne plus demander la permission de partir, envoyer ses enfants hors du système, et finir par « créer son village à Dubaï »28, parce que le meilleur moyen de créer un autre système, c'est d'être le pionnier qui le bâtit. La trajectoire complète va de l'enfant humilié au fondateur d'école : la critique n'est aboutie que quand elle devient une sortie.

Notes

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